A
neuf heures, la salle du théâtre des Variétés
était encore vide. Quelques personnes, au
balcon et à l’orchestre, attendaient, perdues
parmi les fauteuils de velours grenat, dans
le petit jour du lustre à demi-feux. Une
ombre noyait la grande tache rouge du rideau
; et pas un bruit ne venait de la scène,
la rampe éteinte, les pupitres des musiciens
débandés. En haut seulement, à la troisième
galerie, autour de la rotonde du plafond
où des femmes et des enfants nus prenaient
leur volée dans un ciel verdi par le gaz,
des appels et des rires sortaient d’un brouhaha
continu de voix, des têtes coiffées de bonnets
et de casquettes s’étageaient sous les larges
baies rondes, encadrées d’or. Par moments,
une ouvreuse se montrait, affairée, des
coupons à la main, poussant devant elle
un monsieur et une dame qui s’asseyaient,
l’homme en habit, la femme mince et cambrée,
promenant un lent regard. Deux jeunes gens
parurent à l’orchestre. Ils se tinrent debout,
regardant. – Que te disais-je, Hector ?
s’écria le plus âgé, un grand garçon à petites
moustaches noires, nous venons trop tôt.
Tu aurais bien pu me laisser achever mon
cigare. Une ouvreuse passait.
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