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A
neuf heures, la salle du théâtre des Variétés
était encore vide. Quelques personnes, au balcon
et à l’orchestre, attendaient, perdues parmi les
fauteuils de velours grenat, dans le petit jour
du lustre à demi-feux. Une ombre noyait la grande
tache rouge du rideau ; et pas un bruit ne venait
de la scène, la rampe éteinte, les pupitres des
musiciens débandés. En haut seulement, à la troisième
galerie, autour de la rotonde du plafond où des
femmes et des enfants nus prenaient leur volée
dans un ciel verdi par le gaz, des appels et des
rires sortaient d’un brouhaha continu de voix,
des têtes coiffées de bonnets et de casquettes
s’étageaient sous les larges baies rondes, encadrées
d’or. Par moments, une ouvreuse se montrait, affairée,
des coupons à la main, poussant devant elle un
monsieur et une dame qui s’asseyaient, l’homme
en habit, la femme mince et cambrée, promenant
un lent regard. Deux jeunes gens parurent à l’orchestre.
Ils se tinrent debout, regardant. – Que te disais-je,
Hector ? s’écria le plus âgé, un grand garçon
à petites moustaches noires, nous venons trop
tôt. Tu aurais bien pu me laisser achever mon
cigare. Une ouvreuse passait. – Oh ! monsieur
Fauchery, dit-elle familièrement, ça ne commencera
pas avant une demi-heure. – Alors, pourquoi affichent-ils
pour neuf heures ? murmura Hector, dont la longue
figure maigre prit un air vexé. Ce matin, Clarisse,
qui est de la pièce, m’a encore juré qu’on commencerait
à neuf heures précises. Un instant, ils se turent,
levant la tête, fouillant l’ombre des loges. Mais
le papier vert dont elles étaient tapissées les
assombrissait encore. En bas, sous la galerie,
les baignoires s’enfonçaient dans une nuit complète.
En
entrant dans la chambre, Roubaud posa sur la table
le pain d'une livre, le pâté et la bouteille de
vin blanc. Mais, le matin, avant de descendre
à son poste, la mère Victoire avait dû couvrir
le feu de son poêle, d'un tel poussier, que la
chaleur était suffocante. Et le sous-chef de gare,
ayant ouvert une fenêtre, s'y accouda. C'était
impasse d'Amsterdam, dans la dernière maison de
droite, une haute maison où la Compagnie de l'Ouest
logeait certains de ses employés. La fenêtre,
au cinquième, à l'angle du toit mansardé qui faisait
retour, donnait sur la gare, cette tranchée large
trouant le quartier de l'Europe, tout un déroulement
brusque de l'horizon, que semblait agrandir encore,
cet après-midi-là, un ciel gris du milieu de février,
d'un gris humide et tiède, traversé de soleil.
En face, sous ce poudroiement de rayons, les maisons
de la rue de Rome se brouillaient, s'effaçaient,
légères. ....
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