En
entrant dans la chambre, Roubaud posa sur la table le
pain d'une livre, le pâté et la bouteille de vin blanc.
Mais, le matin, avant de descendre à son poste, la mère
Victoire avait dû couvrir le feu de son poêle, d'un
tel poussier, que la chaleur était suffocante. Et le
sous-chef de gare, ayant ouvert une fenêtre, s'y accouda.
C'était impasse d'Amsterdam, dans la dernière maison
de droite, une haute maison où la Compagnie de l'Ouest
logeait certains de ses employés. La fenêtre, au cinquième,
à l'angle du toit mansardé qui faisait retour, donnait
sur la gare, cette tranchée large trouant le quartier
de l'Europe, tout un déroulement brusque de l'horizon,
que semblait agrandir encore, cet après-midi-là, un
ciel gris du milieu de février, d'un gris humide et
tiède, traversé de soleil. En face, sous ce poudroiement
de rayons, les maisons de la rue de Rome se brouillaient,
s'effaçaient, légères. A gauche, les marquises des halles
couvertes ouvraient leurs porches géants, aux vitrages
enfumés, celle des grandes lignes, immense, où l'oeil
plongeait, et que les bâtiments de la poste et de la
bouillotterie séparaient des autres, plus petites, celles
d'Argenteuil, de Versailles et de la Ceinture ; tandis
que le pont de l'Europe, à droite, coupait de son étoile
de fer la tranchée, que l'on voyait reparaître et filer
au-delà, jusqu'au tunnel des Batignolles
Emile
ZOLA (extrait :La bête humaine) |